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Maurice
l'écureuil

Une histoire de la forêt québécoise

Défile pour commencer l'aventure

Le matin dans la forêt

Tout au fond d'une grande forêt du Québec, là où les érables montent si haut qu'ils semblent chatouiller les nuages, vivait un petit écureuil roux nommé Maurice.

Maurice n'était pas un écureuil comme les autres. Il avait une tache blanche en forme d'étoile sur le bout de sa queue touffue, et un appétit absolument extraordinaire pour les glands de chêne.

Chaque matin, bien avant que le soleil ne colore le ciel de rose et d'orange, Maurice ouvrait un œil, puis l'autre, et s'étirait dans son petit nid douillet fait de mousse et de feuilles d'érable.

« Aujourd'hui, » se dit Maurice en bâillant, « sera une journée formidable. Je le sens dans mes moustaches. »

Et il faut dire que les moustaches de Maurice ne mentaient jamais. Enfin, presque jamais. Il y avait bien eu cette fois où elles lui avaient promis du beau temps et qu'il avait plu pendant trois jours, mais Maurice préférait ne pas en parler.

Il grimpa jusqu'à la plus haute branche de son érable et regarda le monde s'éveiller. La brume dansait entre les troncs comme un fantôme timide. Un geai bleu lança son premier cri de la journée. La forêt respirait.

La quête des glands

L'automne approchait à grands pas, et Maurice le savait mieux que quiconque. Les journées raccourcissaient, l'air du matin piquait le bout de son nez, et surtout — surtout — les glands commençaient à tomber.

« Il me faut au moins deux cents glands pour passer l'hiver, » calcula Maurice en comptant sur ses petites griffes. « Peut-être trois cents, si l'hiver est aussi long que l'année dernière. »

Il bondit de branche en branche avec l'agilité d'un acrobate, sa queue servant de balancier. Chaque saut était précis, chaque réception parfaite. Maurice avait pratiqué ces mouvements des milliers de fois, et la forêt était son terrain de jeu.

En chemin vers le grand chêne, Maurice croisa son amie Marguerite, une mésange à tête noire qui adorait les potins de la forêt.

« Maurice ! Maurice ! » pépia-t-elle en voletant autour de lui. « Tu savais que la famille Castor a agrandi leur barrage ? Et que monsieur Orignal a encore perdu un de ses bois dans un arbre ? »

« Pas le temps de jaser, Marguerite ! » répondit Maurice sans s'arrêter. « Les glands n'attendent pas ! »

Marguerite pencha la tête. « T'es donc bien pressé, Maurice. La vie, c'est pas juste des glands, tu sais. »

Mais Maurice était déjà loin, filant entre les branches comme une petite fusée rousse.

Les couleurs changent

Les jours passèrent, et la forêt se transforma. Comme un peintre géant qui aurait renversé ses pots de peinture, les arbres changèrent de couleur. Du vert, ils passèrent au jaune soleil, puis à l'orange citrouille, puis au rouge flamboyant.

Maurice adorait cette période. Chaque matin apportait de nouvelles couleurs, de nouvelles odeurs. L'air sentait la terre humide et les feuilles sucrées. C'était comme si la forêt entière préparait une grande fête.

Son garde-manger se remplissait bien. Cent douze glands ici, sous la grosse roche plate. Quatre-vingt-sept là, dans le trou du vieux bouleau. Et encore soixante-trois dans sa cachette secrète, celle que personne — absolument personne — ne connaissait.

Un après-midi, alors qu'il enterrait ses derniers glands de la journée, Maurice entendit un bruit curieux. Un petit reniflement, suivi d'un soupir.

Derrière un tronc de bouleau, il découvrit un minuscule tamia rayé — un « suisse », comme on dit au Québec — assis tout seul, les joues vides et les yeux tristes.

« Je m'appelle Théodore, » dit le petit tamia d'une voix tremblante. « Je suis perdu. Je ne retrouve plus ma famille, et je n'ai rien mis de côté pour l'hiver. »

Maurice regarda Théodore. Puis il regarda ses glands. Puis il regarda Théodore encore. Son cœur battait très fort. Partager ses glands ? Lui qui avait travaillé si dur ?

Le grand vent

Avant que Maurice ne puisse prendre sa décision, le ciel changea. Les nuages, qui avaient été de gentils moutons blancs toute la journée, se transformèrent en montagnes grises et menaçantes.

Le vent se leva d'un coup. Les branches craquèrent. Les feuilles, arrachées par centaines, tourbillonnèrent dans l'air comme des confettis géants. Les animaux de la forêt coururent se mettre à l'abri.

« Vite ! » cria Maurice en attrapant Théodore par la patte. « Suis-moi ! »

Ensemble, ils coururent à travers la forêt agitée. Maurice connaissait chaque trou, chaque creux, chaque racine. Il guida Théodore sous une grande épinette dont les branches basses formaient un abri naturel, comme une tente verte et parfumée.

La pluie se mit à tomber, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. Le tonnerre grondait comme le ventre d'un géant qui aurait trop mangé. Les éclairs illuminaient la forêt de leur lumière blanche.

Théodore tremblait. Maurice, sans réfléchir, enroula sa grande queue touffue autour du petit tamia pour le garder au chaud.

« T'en fais pas, » murmura Maurice. « Ça va passer. Ça passe toujours. »

Et ils restèrent là, l'un contre l'autre, pendant que la tempête chantait sa chanson furieuse au-dessus d'eux.

Sous les étoiles

Quand la tempête s'en alla enfin, elle emporta avec elle les derniers nuages. Et ce qu'elle laissa derrière elle était le plus beau ciel que Maurice avait jamais vu.

Des milliers d'étoiles brillaient comme des diamants éparpillés sur du velours noir. La Voie lactée traçait un chemin de lumière d'un bout à l'autre du ciel, comme si quelqu'un avait renversé un pot de lait cosmique.

Maurice grimpa jusqu'au sommet de son érable, Théodore accroché sur son dos. Et là, perchés sur la plus haute branche, ils regardèrent le ciel en silence.

« Tu sais quoi, Théodore ? » dit Maurice doucement.

« Quoi ? »

« Marguerite avait raison. La vie, c'est pas juste des glands. »

Le lendemain matin, Maurice partagea sa cachette secrète avec Théodore. Et ensemble, ils travaillèrent à remplir un nouveau garde-manger — assez grand pour deux.

Marguerite, qui passait par là, sourit de toutes ses plumes. « Ben voyons donc, Maurice ! » dit-elle. « Je savais bien que t'avais un cœur gros comme un chêne. »

Et quelque part dans la grande forêt du Québec, un petit écureuil roux avec une étoile au bout de la queue dormit ce soir-là le sourire aux lèvres, sachant que le plus beau trésor de la forêt, ce n'était pas les glands.

C'était les amis qu'on se fait en chemin.

Fin

L'histoire de Maurice l'écureuil

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